14/11/2009

Ma p'tite Vivi,

Il me faut te dire aurevoir...

J'étais là lors du dernier hommage mais j'ai entendu les mots des autres, j'ai lu les mots d'un autre...

Je ne me souvenais pas des repas que tu détestais, je ne me souvenais pas de l'exigence que tu avais à te laver les cheveux tel jour et à te "shampouiner" deux fois,  je n'aurai pas parlé non plus de ta façon de mettre tous les hommes dans ta poche ou de leur mettre un bout de toi dans leurs coeurs. Et pourtant tout cela faisait bien partie de toi.

Non, moi ce que je garde de toi, c'est ton amour pour ton homme. Vous étiez le premier petit couple de l'institution et souvent nous parlions de vous avec bonheur, envie, étonnement, admiration.

Un amour platonique mais un amour vrai qui dure encore aujourd'hui, à voir comme il est triste, lui aussi.

Et pourtant, sur l'annonce de ta disparition, ils ont mis ton "ami" ! J'ai tout de suite pensé que cela ne t'aurai pas plu et heureusement, beaucoup s'en sont souvenus lorsqu'ils ont parlé de toi. Un pêché à demi pardonné...

Oui, c'était ton amoureux, envers et contre tout, envers et contre tous. A commencer par lui...quand il décide de changer de maison, qu'il émet le désir de se rapprocher d'une autre. Il dit qu'il vous aime tous les deux mais différemment. Il ne s'en cache pas, il vous le dit. (Encore une belle leçon pour tous ceux dits "normaux" qui eux s'en cachent...)

Cette séparation a été difficile pour toi. Même si vous n'habitiez pas loin, même si vous vous voyiez encore à l'atelier et certaines soirées, il te manquait.

Mais tu as fait face et, lui, il t'a donné toute sa tendresse. On n'efface pas une vingtaine d'années d'amour en un clin d'oeil...

Je me souviens aussi de l'importance de ta famille dans ta vie. Je n'ai pas connu ton papa mais lors de ma référence, j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'être invitée à manger un morceau de tarte le dimanche après-midi chez ta maman. Que dis-je ! Non pas un morceau : ta maman aimait que nous en mangions au moins trois ! ;-)

Ta maman était d'une grande gentillesse et d'une attention toute particulière avec toi. Tu as hérité de tout cela. Tu aimais prendre de nos nouvelles, tu étais sensible à nos humeurs et toujours prête à aider.

Nous avons été ensemble dire un dernier aurevoir à ta maman lorsque le moment était venu. Je lui ai fait comprendre que nous prendrions soin de toi, que j'y veillerai. Une promesse qui peut paraître bien prétentieuse mais que je faisais très sincèrement.

J'ai toujours eu un regard particulier vers toi même si un jour ta référence m'a été reprise, même si un jour j'ai quitté ta maison.

J'avais un plaisir particulier à te croiser, à tembrasser tendrement, à te parler, à moi aussi prendre de tes nouvelles et à t'entendre dire mon prénom que tu modifiais si joliment : "oh, dit Eguige !" quand je te taquinais en faisant mine de draguer ton homme... Encore une de tes qualités : savoir rire ensemble.

A la mort de ta maman, les retours si réguliers ont disparu et tu as du faire le deuil d'une relation plus approfondie avec ton frère, trop absent à tes yeux, trop loin de ta Vérité ?

Tu étais une p'tite bonne femme si courageuse, une femme forte mais qui donnait envie de protéger, de câliner. Je ne m'en suis pas privée mais j'aurai pu encore... 

Vivi adorée, tu aimais aussi beaucoup ton travail : boulangère. Tu y avais une place de princesse comme ton éducateur chéri nous l'a rappelé. Et même si avec le temps, tu ne pouvais plus réaliser les mêmes tâches, jusqu'au bout, les autres artisans ont respecté cette place qui était la tienne.

Pour toi Vivi et avec toi, j'ai fait le taxi pour te conduire au resto avec lui, je t'ai soigné quand tu étais malade, j'ai essuyé tes larmes dans les moments difficiles, nous avons beaucoup ri, nous avons vieilli ensemble et à tes côtés, j'ai grandi.

Merci mille fois pour tous ces moments-là et tous les autres que je ne sais mettre en mots mais dont les émotions resteront gravées dans mon coeur pour toujours.

Je suis heureuse et fière d'avoir croisé ton chemin, de t'avoir rencontrée.

Je t'embrasse bien fort,

Je t'aime,

Signée : une "handicatrice" (comme dirait ton amie Jojo ) parmi d'autres.

P.S : au moment où j'écrivais ces lignes, je reçois un message avec la vidéo suivante. Il n'y a pas de hasard : spéciale dédicace pour toi, ma p'tite Vivi : "Oh, darling, stand by me..."

http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=2539741

23:57 Écrit par Love writer dans Amour | Lien permanent | Commentaires (1)