08/06/2010

Tu t'en vas ?

Tu t'en vas...sur la pointe des pieds. Je le vois, je le sens, je suis si triste de te voir comme cela : perdu ! Je voudrais tellement te retenir, t'aider à trouver quelque chose ou quelqu'un à qui te raccrocher...

Alors tu te raccroches à tes lunettes que tu cherches et qui sont sur ton nez...

Tu cherches ta veste oubliée quelque part dans le déménagement et que personne ne veut retrouver... Oui, mais toi, cela te rassure de la savoir près de toi.

Tu tires si fort sur ta cigarette que les fumées te font perdre l'équilibre...

Tu lâches les armes, toi qui étais une force de caractère. Toujours vaillant, le premier parti au travail : la boulangerie qui a été TA vie. Le seul pendant longtemps à savoir réaliser les différentes étapes de la fabrication du pain. Un savoir-faire, une fierté, une énergie au travail, une application : un boulanger dans une boulangerie que la direction ne manquait pas de mettre à l'honneur à chaque visite importante.

Ces dernières années, des problèmes au cerveau t'ont peu à peu rendus moins habile, plus tremblant, moins sûr de toi. Plusieurs fois, nous avons cru te perdre et à chaque fois, tu t'es battu et tu es revenu affaibli mais toujours là. Tu ne savais plus faire les mêmes gestes mais tu étais encore bien présent et tenais à cette place dans cet atelier.

Ces derniers mois, tu as perdu la femme de ta vie, ton amoureuse pendant plus de vingt ans. Vous étiez à vous deux le premier couple de l'institution qui s'aimait sans discontinuer. Ensuite, tu as perdu une autre femme importante dans ton coeur : ta maman.

Les problèmes au cerveau se sont accrus aujourd'hui. Pour raison médicale, tu as du déménager de maison familiale. Celle-là même que tu avais si ardemment désiré il y a quelques années. Un choix qu'il avait été très difficile d'entendre par certains qui ont essayé de freiner cette demande. Finalement, tu as réussi au bout de presque ...deux ans !!! Et te revoilà dans ta première maison...ne comprenant pas pourquoi il ne t'est pas possible de rester dans l'autre...On évoque un accompagnement plus adapté et pas de risques dans les escaliers...et patatras, tu fais une chute ...dans les escaliers de cette "nouvelle" maison (heureusement, sans gravité mais un bel oeil au beurre noir !)

Quand tu me regardes avec tes grands yeux tristes et que tu me demandes pourquoi...mon coeur se retourne.

J'ai vécu ces quinze dernières années auprès de toi, j'ai été ta référente. Nous avons mis du temps à nous connaître. La maladie de ta maman nous a rappoché. Tu t'es ouvert, tu as réussi à exprimer mieux ce que tu voulais. Je me suis battue à tes côtés pour faire entendre ton changement de maison. Alors que tu obtenais gain de cause, je perdais la confiance d'une grande partie de mon équipe et mettais un terme à du harcelement moral. Un mal pour un bien pour toi comme pour moi.

Ensuite, c'est au hasard de nos rencontres au centre de jour que je prends de tes nouvelles mais toujours avec une attention particulière, une affection particulière.

Alors aujourd'hui, quand je te vois si perdu d'avoir... tout perdu en quelques mois, sans plus rien à qui, à quoi se raccrocher ; je défends comme je peux tout ce passé vécu ensemble, toute cette histoire qui est la tienne et qui fait que j'aimerai que l'on puisse t'aider au mieux dans cette étape de ta vie.

Je suis malade de ne pas pouvoir empêcher certains non-sens qui existent encore dans l'accompagnement autour de toi. J'ai difficile de soutenir ton regard triste et vide.

Je cherche un sourire, j'essaye de te faire rire, je voudrai tant revoir cette étincelle dans tes yeux. Je me sens tellement coupable de ne pas pouvoir faire quelque chose !

Et même si certains me reprochent mon entêtement, me rappelle que je ne suis qu'une ex-référente, que je dois prendre du recul...je ne peux pas me résoudre à te regarder t'éteindre !

T'en vas pas !

22:27 Écrit par Love writer dans Amour | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bonjour... Un petit mot en passant ...
pour te souhaiter une merveilleuse journée...
avec un beau gros soleil dans ton coeur....

Coeurdenfant

http://coeurdenfant.skynetblogs.be

Écrit par : Coeurdenfant | 09/06/2010

Courage, restez auprès de lui quand vous le pouvez, pour vous aussi.

Écrit par : fabian | 09/08/2010

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